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Quand le feu touche aussi l’eau…
On associe généralement les feux de forêts à la destruction de végétation, aux fumées et à l’évacuation des zones résidentielles. Mais on oublie souvent que leurs impacts vont bien au-delà des flammes. Parmi les grands oubliés de ces événements : l’eau.
Oui, les incendies ont un effet direct et durable sur la qualité de l’eau, qu’il s’agisse de l’eau des lacs, des rivières ou même de la pluie. Et dans un monde où les événements climatiques extrêmes se multiplient, comprendre ces liens est essentiel pour mieux protéger nos ressources naturelles.
Ce qui se passe quand la forêt brûle
Un sol sans filtre
Quand un feu traverse une forêt, il ne laisse pas seulement de la cendre derrière lui. Il brûle aussi les plantes, les racines et les mousses qui, en temps normal, agissent comme des filtres naturels. Résultat ? Quand il pleut après un incendie, l’eau ne s’infiltre plus bien dans le sol. Elle ruisselle en surface, entraînant avec elle de la cendre, des sédiments et des polluants jusqu’aux rivières et aux lacs.
Des études menées aux États-Unis ont montré que cette eau peut contenir jusqu’à 100 fois plus de particules après un incendie.

Des substances chimiques dans la nature
Les incendies génèrent aussi beaucoup de fumée. Et dans cette fumée, on retrouve une variété de composés chimiques : dioxyde de soufre, oxydes d’azote, hydrocarbures, métaux lourds… Ces particules peuvent se déposer au sol ou retomber avec la pluie, et ainsi contaminer l’eau.

Et après ? Ce que deviennent les rivières et les lacs
Des conséquences qui durent longtemps
Une étude publiée en 2025 par l’Université du Colorado a analysé plus de 100 000 échantillons d’eau dans 500 régions touchées par des incendies. Résultat : même 8 ans après un feu, les rivières et les lacs contiennent encore plus de nutriments, de carbone, de sédiments et de métaux que la normale !
Des algues qui se multiplient
Ces nutriments en excès (surtout l’azote et le phosphore) nourrissent les algues. Trop, parfois. Cette prolifération d’algues peut rendre l’eau trouble, gêner les poissons, et même produire des toxines dangereuses pour la santé humaine et animale.

Des défis pour les stations d’eau potable
Après un feu, les usines de traitement d’eau doivent composer avec une eau plus sale, plus difficile à filtrer, et parfois avec des produits chimiques qu’elles n’ont pas l’habitude de traiter. Cela demande plus d’énergie, plus de traitements, et plus de coûts pour les municipalités.
C’est pourquoi, le gouvernement canadien rappelle qu’après un avoir été impactées par des feux de forêts, les communautés touchées ne doivent surtout pas consommer l’eau du robinet résidentiel, ni pour boire et cuisiner, ni même pour l’hygiène (lavage de mains, brossage de dents, etc.). Les animaux de compagnie ne doivent pas non plus consommer cette eau tant que les autorités locales n’en ont pas donné l’autorisation.
La pluie aussi est affectée
De la pluie… pas toujours propre
Les particules envoyées dans l’air par un incendie peuvent revenir au sol avec la pluie, un phénomène bien connu qu’on appelle parfois la pluie acide. Même si elle n’est pas aussi acide qu’on l’imaginait dans les années 80, cette pluie peut quand même modifier le pH des lacs et rivières.
Et dans les régions où le sol n’a pas la capacité de « tamponner » cette acidité, ça peut perturber certains écosystèmes aquatiques fragiles.
Un effet combiné
La combinaison de cette acidité et des cendres riches en azote peut même déloger des métaux naturellement présents dans le sol, comme l’aluminium. Une fois dissous, ces métaux deviennent plus mobiles et peuvent se retrouver dans l’eau, ce qui est problématique pour les poissons, mais aussi pour nous.
Deux exemples concrets
Colorado, 2020
Après le grand Cameron Peak Fire, l’eau de la rivière Cache la Poudre est devenue noire, chargée de débris, cendres et métaux lourds. Cette situation a duré plusieurs années, et a fortement perturbé les services d’eau de la région.

Portugal, 2017
Dans la région du Mondego, des chercheurs ont observé une hausse marquée de l’aluminium, du fer, du manganèse et des nitrates dans les rivières, juste après les feux de forêt. Une situation qui a nécessité un suivi attentif pendant plusieurs mois.
Une catastrophe peut en entraîner d’autres
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les incendies ne sont jamais isolés. Ils peuvent dégrader les sols, contaminer l’air, affecter la pluie, perturber les milieux aquatiques… Une vraie réaction en chaîne dans notre environnement naturel.
Et avec le changement climatique, les incendies deviennent plus fréquents, plus intenses, et plus étendus. Cela veut dire que leurs effets indirects — comme sur l’eau — risquent de devenir de plus en plus fréquents aussi.
Que peut-on faire ?
Mieux surveiller
- Suivre la qualité de l’eau avant et après les incendies permet de mieux anticiper les impacts.
- Développer des outils qui aident à cartographier les zones à risque et à modéliser les effets.
Réparer les sols
- Replanter rapidement des arbres et arbustes aide à stabiliser le sol et à limiter le ruissellement.
- On peut aussi utiliser du paillis ou des techniques naturelles pour filtrer l’eau de pluie avant qu’elle n’atteigne les rivières.
Adapter les infrastructures
- Moderniser les stations de traitement d’eau potable pour qu’elles puissent faire face à des eaux plus complexes.
- Intégrer les risques d’incendie dans la planification de la gestion de l’eau, surtout dans les régions à climat sec.
En résumé
- Les feux de forêts n’affectent pas seulement les arbres, la biodiversité et notre environnement direct : ils ont aussi des conséquences sur l’eau.
- Ils provoquent des changements dans la qualité de l’eau des lacs, des rivières et de la pluie.
- Ces effets peuvent durer plusieurs années et nécessitent une surveillance adaptée.
- Des solutions existent pour limiter les impacts et préserver nos ressources en eau.

